Photojournaliste - Paris - France

Confinement jour (…)

26 avril 2020

J’ai pris quelques jours avant d’adopter mon rythme. Celui-ci s’invente au gré du calendrier sur lequel on se bat pour garder des repères. On nous assigne à résidence, mais ma carte de presse me permet de sillonner la ville, au-delà du périmètre de mon quartier. Il me semble essentiel de figer dans le temps les scènes saisissantes d’un Paris vidé de ses habitants, de sa substance, de son âme. Nous sommes tous conscients de vivre un événement historique, qui s’étire dans le temps en dressant des frontières invisibles à notre univers. Pour autant, au-delà des images emblématiques, ce sont celles, pour une fois, de l’intime, qui vont m’intéresser, car, paradoxe du confinement, le monde, tapi chez lui, n’a jamais été autant ouvert à l’Autre. L’autre, cet enfer. On sociabilise par écran interposé, on garde le contact comme ses distances, coûte que coûte. Mais, à l’instar de ces journaux de bord de célébrités publiés dans les médias, on sent ce besoin de (se) raconter. Ce n’est pas ce que mon métier de photojournaliste m’amène à entreprendre, comme démarche, d’habitude, alors cette fois-ci, on va laisser le photojournalisme pur et dur de côté, et s’exposer, dans son isolement. Mon territoire, ce sera mon quartier, mais également mon chez moi. Au fur et à mesure que le temps défilera, languide, on tombera fatalement dans la redondance, car quand on tourne en ronds, entre ses murs ou entre ceux de son quartier, on tombe fatalement dans l’ennui. On ne l’évitera pas, l’ennui, on ira même à sa rencontre, on apprendra à vivre avec. Et on croisera son regard avec celui de ses confrères et collègues qui vivent dans la même zone léthargique. Ceci est ma part au projet « Covid2020 ». Ceci est mon univers. Ceci est mon quartier. Ceci est mon confinement.

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