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Lumphini, les (a)dieux du stade

La cité des anges tourne une page sur l’un des lieux mythiques qui participent de son identité. Le stade de Lumphini, situé en plein cœur de Bangkok près du parc du même nom, a fermé ses portes le 12 février 2014. Au profit d’une nouvelle arène, plus moderne et plus grande, mais située largement plus au nord de la mégalopole. Bâti en 1956 à l’initiative du général Prapas Jarusathian, Lumphini a façonné l’image de la boxe thaïe au-delà des frontières de la Thaïlande. Une fierté pour les militaires qui administrent le lieu et en assurent la sécurité. De grands noms s’y sont affrontés et des adeptes farang (étrangers) du muay thai y ont même eu l’honneur d’y défier des champions locaux. Jusqu’à sa fermeture, le stade constitue souvent une étape incontournable pour les touristes intéressés par la culture du pays. Moyennant un droit d’entrée relativement élevé (il est impossible pour un farang de bénéficier du tarif réservé aux Thaïlandais), entre 1 000 et 3 000 bahts, le spectateur pénètre dans un temple du sport hors du temps. On revient d’une soirée passée à Lumphini avec des souvenirs et des sensations fortes, car il y règne une atmosphère surannée et unique. Fait de bois, de tôles et briques, le stade semble sorti d’une autre époque. Ses gradins en bois et en béton paraissent sur le point de s’affaisser. La moiteur qui y règne et vous colle à la peau se mêle au concert de cris des supporters, ceux des parieurs à la gestuelle absconse, à la musique traditionnelle assourdissante, interprétée en live par des musiciens et au fracas des combats sur le ring qui se succèdent sans temps mort sous le regard impavide des juges alignés devant. Juste avant son démantèlement, entamé le 12 février 2014, le stade a fait trembler une dernière fois ses murs.

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